Le catamaran conquiert les eaux françaises porté par la vague verte
Alors que la filière nautique française espère une reprise en 2026 après une année de contraction, le marché du catamaran tire son épingle du jeu. Propulsion hybride, matériaux biosourcés, confort de croisière inégalé : le multicoque s’impose comme le navire de demain. Et sur le littoral méditerranéen, les concessionnaires spécialisés captent une clientèle toujours plus exigeante.
Le nautisme français retient son souffle. Après un premier semestre 2025 marqué par une chute de 10 à 30 % des ventes de bateaux neufs selon les catégories, la filière a vu les commandes redémarrer à l’automne, notamment dans le haut de gamme. En septembre 2025, l’État et la Fédération des Industries Nautiques (FIN) ont signé une feuille de route 2025-2030 pour accompagner la transition écologique des ports de plaisance et soutenir la déconstruction des bateaux hors d’usage. Dans ce paysage en mutation, un segment résiste mieux que les autres : celui du catamaran. Stabilité, habitabilité, capacité d’accueil familiale – et désormais propulsion verte –, le multicoque s’affirme comme le choix de prédilection d’une nouvelle génération de plaisanciers.
Un marché mondial du catamaran évalué à 4,7 milliards de dollars
Les chiffres donnent le vertige. Le marché mondial du catamaran a atteint 4,7 milliards de dollars en 2024 et devrait croître à un rythme annuel de 7,4 % jusqu’en 2034, selon le cabinet Global Market Insights. Le segment loisirs représente à lui seul plus de 60 % de cette activité, porté par l’essor du charter de luxe et des croisières familiales. En Méditerranée, plus de la moitié des yachts affrétés sont des catamarans, signe de leur popularité auprès d’une clientèle en quête de confort et de stabilité. La France, deuxième constructeur mondial de bateaux de plaisance et premier en Europe d’après le ministère de la Mer, occupe une position stratégique sur ce créneau. La filière nautique hexagonale représente 6 010 entreprises, 6,3 milliards d’euros de chiffre d’affaires et près de 49 000 emplois directs. Et c’est bien le multicoque – voilier comme catamaran à moteur – qui tire la production vers le haut de gamme.
La transition verte redessine les standards de la plaisance
Le virage écologique du nautisme n’est plus un slogan. En novembre 2025, l’Association française du bateau électrique (AFBE) a organisé à Paris une journée technique consacrée à la décarbonation de la flotte, réunissant armateurs, constructeurs et représentants de l’État. Les solutions se multiplient : propulsion hybride diesel-électrique, panneaux solaires intégrés, hydrogénération sous voile. Un architecte naval que nous avons interrogé à La Grande-Motte résume la tendance : « Sur un catamaran de croisière, l’hydrogénération permet, dès six ou sept nœuds sous voile, de produire assez d’énergie pour couvrir l’ensemble des besoins du bord. C’est un changement de paradigme. »
Le marché des bateaux électriques et hybrides devrait d’ailleurs progresser à un taux annuel de 12,5 % d’ici 2030, selon les analystes du secteur. En Méditerranée, de Cannes à La Grande-Motte, les bornes de recharge se multiplient dans les marinas, tandis que certains lacs alpins comme Annecy interdisent déjà les moteurs thermiques. Le catamaran, avec sa surface de pont propice à l’installation de panneaux solaires et sa double coque favorable à l’intégration de batteries, s’avère idéalement conçu pour cette révolution silencieuse.
Sur la Côte d’Azur, des concessionnaires au cœur du marché
Face à cette demande croissante, le rôle des concessionnaires spécialisés devient central. Sur le littoral méditerranéen, les professionnels des catamarans Fountaine Pajot accompagnent les futurs propriétaires dans un parcours d’acquisition qui n’a plus rien de simple. Entre le choix de la motorisation – thermique, hybride ou tout-électrique –, la configuration des cabines et les options de connectivité, l’achat d’un catamaran exige un conseil sur mesure. Un plaisancier azuréen que nous avons rencontré au port de Mandelieu-la-Napoule témoigne : « J’ai passé six mois à comparer les modèles avant de me décider. Mon concessionnaire m’a fait essayer trois unités en mer, c’est ce qui a fait la différence. »
Le réseau de distribution profite également du dynamisme des salons nautiques. L’International Multihull Show de La Grande-Motte, dont l’édition 2026 se tiendra du 22 au 26 avril, est devenu la référence mondiale pour les multicoques. L’événement consacre désormais un espace entier aux catamarans à moteur, reflet d’une demande en forte progression. Les Nautiques de Port Camargue, programmées du 3 au 6 avril 2026, complètent ce calendrier avec une vitrine à flot qui attire chaque année plus de 45 000 visiteurs.
Le marché de l’occasion booste l’accès à la plaisance
Autre dynamique notable : le marché de l’occasion du catamaran se structure et se professionnalise. Les prix demandés sur les modèles de seconde main ont été revus à la baisse de 15 à 20 % au cours de l’année 2025, rendant l’accès au multicoque plus réaliste pour des budgets intermédiaires. Les plateformes d’annonces spécialisées jouent ici un rôle de catalyseur. L'offre la plus complète d'annonces de bateaux à vendre permet désormais de comparer en quelques clics des centaines de catamarans, neufs ou d’occasion, avec fiches techniques détaillées et historiques d’entretien. Un couple de retraités normands que nous avons croisé au Grand Pavois de La Rochelle confie : « Nous n’aurions jamais imaginé acheter un catamaran il y a cinq ans. La baisse des prix sur l’occasion et la possibilité de tout comparer en ligne ont changé la donne. »
L’Institut national du nautisme, signal fort de l’État
La création en 2025 de l’Institut national du nautisme (INN), dans le cadre de la feuille de route signée entre l’État et la filière, traduit une ambition : structurer la formation, accompagner la transition énergétique et simplifier les réglementations. La déconstruction des quelque 20 000 bateaux hors d’usage qui encombrent les ports français figure parmi les priorités, tout comme la modification des diplômes professionnels pour intégrer les compétences liées à la propulsion électrique. Un formateur d’un lycée maritime breton nous confirme : « Nos élèves passent désormais autant de temps sur les systèmes de batteries que sur les moteurs diesel. Le métier change à une vitesse folle. »
Le prochain Paris Nautic Show, prévu du 25 au 29 novembre 2026 au Bourget, devrait confirmer cette trajectoire. L’édition 2025, qui avait attiré 40 000 visiteurs après trois ans d’interruption, avait déjà donné le ton. Pour la filière nautique française, l’enjeu est clair : conjuguer excellence industrielle, innovation verte et démocratisation de la plaisance – un triptyque dans lequel le catamaran occupe, plus que jamais, la place de proue.